De la couleur, maintenant, je vous emmène en Côte d'Ivoire, à Abidjan, à la découverte de la teinture textile traditionnelle, un secteur dominé par de petites mains qui perpétuent cet art ancestral.

Les tissus imprimés font partie de l'identité de beaucoup de pays de l'Afrique subsahélienne. Ceux qui les portent dans les rues des capitales africaines nous offrent des spectacles riches en couleurs et des motifs originaux. Ces techniques de teinture naturelles ont retrouvé leur pertinence grâce à de grands stylistes africains qui ont su jouer sur la variété des teintures qui sont plus ou moins chères selon la créativité et la difficulté dans leur exécution pour, parfois, en faire des œuvres d'art aussi attrayantes que rentables.

Allons maintenant rendre visite à Pathé'O. Il est considéré comme l'un des créateurs qui a eu le plus de succès grâce à ses chemises teintes aux motifs africains. Son atelier et sa boutique se trouvent ici à Trecheville, un quartier populaire de la capitale économique ivoirienne. Ciseaux d'or en 1987, il a habillé Miss Côte d'Ivoire pendant dix ans. Et récemment, il a reçu la médaille de l'ordre national de Côté d'Ivoire. Ses chemises Mandela ont fait sa renommée mondiale.
On a décidé de travailler des matières que nous-mêmes nous fabriquons et nous-mêmes façonnons. On voulait des motifs plus petits, pour que ça s'adapte à des vêtements de tous les jours. De même pour les couleurs, pas très chargées. Nous travaillons beaucoup de matières. Par exemple ici, à l'origine, le tissu vient tout blanc. C'est du coton, et nous essayons de faire la teinture pour trouver des couleurs qui soient portables. On fait faire la teinture en Côte d'Ivoire.

Dans ce secteur, on retrouve surtout des femmes. Ce sont souvent elles qui ont la responsabilité de sublimer ces tissus cent pour cent coton.

C'est ça qu'on appelle les cirés et les motifs. La finition maintenant, c'est les mettre dans l'amidon, sécher et aller chez le tapeur. Les trois mètres "tapés" c'est 27 500 à 30 000 FCFA pour les couleurs unies, 35 000 FCFA avec les motifs.

L'environnement et la santé des teinturiers sont aussi souvent menacés par l'utilisation de certains produits chimiques dans le processus de fabrication des teintures traditionnelles. Ce sont ces dysfonctionnements que tente de résoudre Lynda Cazilhac à travers sa marque Kalyca. Elle vend des vêtements de haute qualité, fait avec des colorants naturels, non allergènes et bio-dégradables, mais qui coutent trois fois plus cher que les tissus standards.

J'ai décidé de rémunérer le travail des femmes à sa juste valeur. On me dit : cette teinture coute 1000 FCFA. Je réponds : non, parce qu'avec 1000 FCFA, la femme ne pourra pas nourrir ses enfants, elle ne pourra pas faire grand-chose. Je ne peux pas profiter d'une visibilité tout en travaillant avec des gens qui sont dans la misère. Il y a des vêtements ici (en Europe) fabriqués en Chine, qui coûtent 3 000 euros, et il n'y a personne qui parle. Il  faut changer les mentalités, d'abord africaines. D'abord en se disant que ce n'est pas parce que ça vient d'Afrique que ça doit être moins cher. L'Afrique a un savoir-faire, la teinture est un art. Moi, j'y vais, je passe trois semaines avec ces dames, je regarde comme c'est compliqué pour elles. Elles se lèvent à cinq heures du matin, c'est un métier fastidieux. Il faut montrer l'envers du décor et dire que ce métier mérite un salaire conséquent.

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Commentaires (2)

    • Ellen SJ
    • 2021-09-01 14:34:58
    Merci à Lynda pour cette intervention et pour votre engagement auprès des artisans africains ! Et merci à BBC pour ce reportage qui donne envie de porter des couleurs !
    • Paty
    • 2021-09-23 09:00:51
    Formidable travail que font ces artisans africains. Espérons que l'industrialisation esperée ne détruise pas ces petits emplois. C'est tout l'enjeu d'associer la tradition à al modernité.

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